04 janvier 2015 ~ 11 Commentaires

Zazie dans le métro – Raymond Queneau : Le langage dans la majesté éternelle de son quotidien

Zazie dans le métro    Zazie dans le métro (1959) est un roman de Raymond Queneau racontant le contraire exact de son titre. Zazie n’est jamais dans le métro ; celui-ci est en grève lorsqu’elle arrive à Paris, et elle ne le prendra qu’endormie, à la fin du roman. La relation entre l’énoncé du titre et le contenu du roman, relation à teneur ironique et parodique par la lecture, reflète le ton de l’ouvrage entier. Le récit est simplement celui d’une jeune fille, Zazie, qui ne fait que rencontrer d’autres personnages, dont les identités sont d’ailleurs troublées dans son esprit. Une sorte d’initiation ludique, sans aucune possibilité de réduire le roman à un simple « roman initiatique » ou à un quelconque conte philosophique même si Zazie dans le métro comporte en réalité divers registres et jeux sur les inflexions du genre romanesque. Pour ce qui est de l’action, elle est presque inutile en elle-même, car tout réside en réalité dans la perversion de cette action par le langage des personnages, montrant ainsi des langages. L’action est toujours déviée, elle ne va jamais dans le sens que le lecteur croit deviner dans les intentions des personnages : le métro est fermé, les personnages ont une identité changeante, aucun but n’est défini sauf celui du métro qui est d’emblée désamorcé… A la fin du roman, le « type » qu’avait rencontré Zazie a changé maintes fois d’identité, et est alors devenu Aroun Arachide (parodie, encore, sur le nom du calife Haroun al Rachid). Il vient troubler, sans aucune raison logique ou narrative clairement énoncée, la soirée des personnages au café « Aux Nyctalopes », tuant la veuve Mouaque qui n’était  alors que désabusée par la fin de son histoire d’amour, et Zazie étant endormie. En fait, le récit n’est qu’encadré par la venue de la mère de Zazie, Jeanne Lalochère ; au chapitre 19, le dernier du roman, leur dialogue condense toute l’action et en résume la vanité dans la perception de Zazie :

-Alors tu t’es bien amusée ?

-Comme ça.

-T’as vu le métro ?

-Non.

-Alors, qu’est-ce que t’as fait ?

-J’ai vieilli.

   Dialogue court qui clôt et résume le non-récit qu’était Zazie dans le métro, puisque le métro n’a jamais été vu par Zazie, et que, tout ce qu’elle a fait, c’est « vieillir ». On peut prendre ici la formule dans différents sens : Zazie peut simplement dire, selon son ton à la fois insolent et direct, qu’elle a passé un temps de sa vie sans importance, un écoulement de l’âge seulement. Le vieillissement peut aussi acquérir un sens de maturité qu’aurait développé Zazie dans son séjour à Paris. En fait, l’action n’est qu’un théâtre, un support à la mise en lien de personnages différents, de langages différents et d’une image de l’enfance aussi drôle que philosophique.

   Le récit est en effet marqué en permanence par des jeux de langage et de changements de registres. Dès le premier mot du premier chapitre, le néologisme annonce le jeu sur le matériau langagier : « Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. » Le romancier semble introduire son ironie et son point de vue sans aucune ostentation, comme une sorte de regard tendre sur ses pantins qui ne prend jamais part ni parti à leur action, dans leur monde : « Faut te faire une raison, dit Gabriel dont les propos se nuançaient parfois d’un thomisme légèrement kantien. » (Chapitre 1). L’érudition de la narration contraste avec le propos familier de Gabriel, et pourtant elle qualifie ce propos, créant ainsi la distance humoristique. Cette jonction antithétique des registres de langue se retrouve non seulement dans les propos tenus par les personnages au discours direct, mais aussi au sein la narration qui rapporte ces propos : « Zazie, goûtant au mets, déclara tout net que c’était de la merde. » (Chapitre 12). Ici, dans la même phrase, les niveaux de langue sont enchevêtrés en même temps que les mots sont mis en lien par leur sonorité (mets/merde), et c’est ce jeu de langage qui rend la narration légère et plaisante à lire. Le livre est, à cet égard, trop court, tant on aimerait continuer à voir les réactions décalées et franches de Zazie avec le monde dans lequel elle est amenée, tout cela traduit par la narration même. Il serait impossible de rendre compte de tous les jeux de langage, calembours et décalages tant ceux-ci parsèment le roman, dans les rapports entretenus par les personnages entre eux. Ceux-ci occasionnent souvent une théâtralité des dialogues entre les personnages, qui leur confère ainsi une saveur inédite et particulière et qui tranche totalement avec le genre romanesque dans ses manifestations générales ; des didascalies sont parfois insérées entre parenthèses, nous laissant imaginer la scène et lui donnant son sens psychologique profond. Le dialogue entre Gridoux, le cordonnier connu de Gabriel et des personnages, et le « type », dont le nom est encore inconnu, en est une manifestation significative (chapitre 7):

-Alors comme ça vous n’avez jamais eu de nom ?

-Il semble bien.

-Et ça ne vous a jamais causé d’ennuis ?

-Pas de trop.

(silence)

Le type répéta :

-Pas de trop.

(silence)

   L’imagination du lecteur est comme prise à parti ici, puisque la nature du silence du personnage n’est pas narrée ni expliquée émotionnellement, mais simplement indiquée. La répétition de la réplique et de cette didascalie qui l’accompagne donne un souffle, un rythme inédit à la phrase et à la situation. On peut supposer alors que la répétition du silence et de la réponse du type à la question de Gridoux montre justement l’ambiguïté de cette réponse ; le problème identitaire du type pourrait lui avoir causé plus d’ennuis qu’il le dit… De fait, l’inconstance de l’identité de ce personnage (nommé Pedro Surplus, puis Trouscaillon…) causera des ennuis aux personnages : rupture avec la veuve Mouaque, venue brutale à la fin du roman… Les jeux d’utilisation du langage, très divers, supportent donc les jeux de l’action, qui la rendent parfois ambiguë,  souvent drôle, touchante, grave, détournée, et toujours plaisante.

   Ce qui est en fait incroyable dans le roman, et c’est là où celui-ci constitue un véritable tour de force du langage par Queneau, c’est que le jeu sur le langage et son utilisation particulière peuvent décrire toutes les impressions et les émotions qui traversent les personnages : drôlerie, envolée philosophique (notamment chez Gabriel), gravité prise avec distance pour Zazie par exemple, inconstance de l’amour chez la veuve Mouaque… Dans son utilisation quotidienne habituelle par les personnages, le langage trouve en fait l’éternité de son pouvoir d’évocation, parce qu’il peut transmettre et transfigurer toutes les  choses qui traversent notre esprit. Le personnage de Zazie, par exemple, trouve tout son sens justement dans sa façon de parler, qui montre son détachement infantile par rapport aux choses qui se présentent à elle. Elle est, en quelque sorte, mature par son insolence et  par son détachement à l’égard des horreurs qui lui sont arrivées :

« Vous vous souvenez de la couturière de Saint-Montron qu’a fendu le crâne de son mari d’un coup de hache ? Eh bien, c’était maman. Et le mari, naturellement, c’était papa. » (Chapitre 4).

   Zazie a manqué de se faire violer par son père et a vu sa mère le tuer en lui coupant le crâne avec une hache ; or cette horreur à l’égard de laquelle le lecteur pourrait s’attendre à un épanchement émotif de la jeune Zazie est totalement distanciée :  on peut sourire comme pleurer en lisant cette phrase. C’est ce qui est génial dans l’écriture du livre : tout est désamorcé, tout est altéré par le langage, et Queneau arrive à faire parler ses personnages à propos de tout, même à propos des actions les plus horribles comme ici, parce qu’ils opèrent tous une transfiguration de leur vie par la façon dont ils en rendent compte. La parole définit la vie, elle la reconfigure dans un paradigme enjoué, plaisant, léger qui communique pourtant toute la gravité de la portée philosophique de son contenu. Certaines envolées de Gabriel sont un bel exemple pour illustrer ce jeu permanent avec le langage et avec la vie ; sa longue réplique du chapitre 8, lorsqu’il accompagne Zazie à la tour Eiffel, commence par une réflexion générale sur la vie mêlée à une double référence à Sartre et à Shakespeare : « L’être ou le néant, voilà le problème. » Les personnages arrivent à douter d’eux-mêmes, de leur existence, et de la nature de leur créateur, Raymond Queneau :

« Paris n’est qu’un songe, Gabriel n’est qu’un rêve (charmant), Zazie le songe d’un rêve (ou d’un cauchemar) et toute cette histoire le songe d’un songe, le rêve d’un rêve, à peine plus qu’un délire tapé à la machine par un romancier idiot (oh ! pardon). » (Chapitre 8)

   Dans sa tirade, Gabriel sort de son personnage pour s’inscrire dans une sorte de vision surplombante sur sa condition, celle de Zazie, celle de tout le roman et de son auteur. La beauté du langage utilisé complète cette portée du pouvoir évocatoire de celui-ci, avec les mises en abyme permises par les compléments du nom (« le songe d’un songe, le rêve d’un rêve ») et le rythme, de plus en plus allongé, de la phrase. Par le langage, le personnage de Gabriel sort de sa condition de personnage et rentre dans le monde réel de la création de Queneau, dont il parle de façon drôle et ironique. Cette envolée philosophique de Gabriel prend parfois un caractère métalinguistique, par exemple lorsqu’il parle de la beauté du langage à travers la beauté de son propre langage, au chapitre 14 :

« De l’art en quatre lettres, et les mots de quatre lettres sont incontestablement supérieurs et aux mots de trois lettres qui charrient tant de grossièretés à travers le majestueux courant de la langue française, et aux mots de cinq qui  n’en véhiculent pas moins. »

   Cette évocation belle et éternelle du langage rend compte de l’importance de l’utilisation des mots, des jeux qu’ils permettent, de l’humour qu’ils véhiculent par leur agencement, de l’éternité sensorielle qu’ils transmettent par la transfiguration drôle et profonde de leur usage quotidien. C’est là le double intérêt du livre, qui allie en son sein simplicité de l’action, humanité profonde de ses personnages et profondeur signifiante du pouvoir du langage.

    Quand j’avais lu une première fois Zazie dans le métro, il y a longtemps, je me souviens à peu près de mon état d’esprit à la fin de ma lecture : j’avais apprécié le livre pour sa légèreté et son style entraînant, sans plus. Quand j’ai dû le réétudier pour mon épreuve de littérature de Terminale, et donc le relire,  j’ai en quelque sorte cru comprendre le pourquoi stylistique de mon appréciation. L’impression plaisante et simple de la première lecture est peut-être la plus originelle et la plus noble qui soit ; mais le langage, la musique des mots, les jeux sur les situations, font de Zazie dans le métro une œuvre sur la littérature même et sur sa capacité à allier la ponctualité du langage quotidien drôle, coupant, moqueur et enjoué, à la beauté éternelle qu’il comporte, montrant la profondeur de ses émotions, et portant ainsi tout discours à la littérature.

11 Réponses à “Zazie dans le métro – Raymond Queneau : Le langage dans la majesté éternelle de son quotidien”

  1. Bonjour,

    Ayant lu Zazie dans le métro par le passé, j’en ai gardé un terrible souvenir, probablement à cause de cette dimension absurde que vous développez tout au long de votre critique, et qui est l’objet même du livre.

    Vous parlez de « non-récit »: ne pensez vous pas que la négation se trouve plutôt au niveau du sens du roman dans son ensemble, et qu’il faudrait plutôt parler d’un Récit, mais d’un récit d’une non-cohérence ?

    Par ailleurs ne pensez vous pas qu’il soit un peu facile, à la lecture de ce livre, de se cacher derrière la cacophonie ambiante qui se dégage des scènes, des dialogues et des personnages pour dire qu’il s’agit d’une « oeuvre de la littérature » alors que le roman donne l’impression par son abstraction qu’il aurait pu être écrit par l’un d’entre nous ?

    • elogedelacritique 4 janvier 2015 à 16 h 30 min

      Pour votre première question, je ne pense pas que le récit soit « non-cohérent » ; je pense qu’il est n’est pas cohérent au vu des attentes d’un récit romanesque plus traditionnel, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Je voulais dire non-récit dans le contexte de mon propos, c’est-à-dire non-récit par rapport au titre et à la linéarité qu’on peut attendre.
      Pour votre deuxième question, je ne pense pas qu’il soit facile de traiter du langage et de son pouvoir, puisque je pense que c’est ce qui fait la force du roman. Je pense en effet qu’il est une œuvre sur la littérature même, et sur son matériau ; après je ne pense pas que chacun de nous puisse écrire ce livre, dans le sens où certes le langage est simple, les calembours légers, etc. Mais je crois que la force de Queneau est d’inscrire cette drôlerie dans une réflexion plus large, subtile dans la bouche de ces personnages. Sans doute peut-on le ressentir autrement !

  2. Raphaël Corruble 4 janvier 2015 à 16 h 24 min

    Un bon condensé de De Gaulle tout ça ^^ J’aime beaucoup ta référence ironique au « roman initiatique » au début. Zazie va bien au-delà de ça comme tu l’as si bien dit.

    • elogedelacritique 4 janvier 2015 à 16 h 33 min

      C’est drôle pourtant j’ai perdu mon cours de l’époque ! Et je voulais te rappeler la douleur du sujet du bac, de façon succincte mais incisive…

  3. Ayant eu à étudier Zazie dans le métro pour mon bac également, je ne saurais exprimer à quel point l’analyse de ce roman qui présente dès le premier abord la perspective d’un exercice de style (au même titre que les excellents Exercices de style de Queneau), m’a parut vaine et rasante…Aucune des tentatives d’analyse n’ayant donné quoi que ce soit de consistent où même de cohérent -l’œuvre ne l’étant pas elle-même comme tu l’as dit- je pense qu’il vaut mieux apprécier le livre comme il vient, comme une friandise et non comme une œuvre de littérature au même titre que Lorenzaccio de Musset -il n’en a tout simplement pas l’ambition (c’est l’esprit anti-intellectualisant qui parle avec ses gros sabots bien entendu…)

    • elogedelacritique 4 janvier 2015 à 19 h 53 min

      Mais je suis d’accord avec toi qu’il n’y a pas de recherche ou d’ambition d’être un immense livre. Néanmoins j’estime et j’essaye de montrer que la façon nouvelle dont le langage est utilisé fait du livre quelque chose de plus profond que ce que son contenu dramatique donne à voir. J’ai certes dit que l’œuvre n’est pas linéaire dramatiquement, mais je pense qu’elle est cohérente dans un autre paradigme, c’est celui du langage et de la transmutation qu’il fait, cette sorte de vie, de monde du langage dans toutes les actions et paroles des personnages, qui sont parfois très profondes.

  4. Bel article. Comme toi j’ai lu Zazie il y a longtemps et comme toi j’en avais gardé cette impression assez mitigée de légèreté…
    Ton analyse souligne des aspects que je n’avais surement pas vus à l’époque. Et (comme je ne l’ai pas étudié en terminale) cet article me donne bien envie de le relire !

  5. J’ai découvert Zazie dans mon parcours scolaire, je n’ai donc pas eu l’expérience d’une relecture au vue d’une analyse plus poussée qui m’aurait invitée à un regard différent. Ta critique souligne effectivement les principaux enjeux d’une oeuvre riche et plurielle dans le fait même qu’elle s’attache au langage, et aux mots eux mêmes dans leur réalité sonore et scripturaire.
    Toutefois, si je puis me permettre quelques remarques sur la forme :
    - la critique gagnerait peut être à être plus percutante avec moins d’emphase (« génial », « inédit », « Ce qui est en fait incroyable dans le roman », en bref on a l’impression que c’est le meilleur livre que tu aies lu de ta vie, et en tant que lectrice d’une critique, c’est justement l’impartialité qui éveille mon intérêt en ce qu’elle me laisse la liberté de former mon jugement sur le texte)
    - Ce n’est peut être pas la critique la plus personnelle que tu aies faite… entend par là que je retrouve les grands axes que j’ai étudiés sur l’oeuvre. J’ai parfois l’impression que tu cherches une forme d’exhaustivité qui te conduirait à en dire le plus possible sur une oeuvre qui a déjà été décortiquée par d’autres au lieu de prendre un sentier nouveau, mais je sais bien que ça n’est pas si facile!
    Dans tous les cas j’apprécie vraiment ce que tu fais et j’ai hâte de lire la suite !!
    De tout coeur avec toi,

    Cindy

  6. elogedelacritique 5 mai 2015 à 0 h 13 min

    Déjà merci de prendre du temps de donner son avis et de commenter, c’est vraiment sympa ! C’est toujours constructif d’avoir un avis extérieur !
    Pour le style c’est très intéressant comme remarque, parce que tu dis que l’impartialité favoriserait ton jugement et son expression de façon plus libre. J’ai voulu montrer que ce livre m’avait marqué plusieurs fois et de façon différente à chaque lecture. Peut être qu’une critique qui au contraire donne CLAIREMENT son avis et qui est partiale peut laisser davantage le jugement de son lecteur se former, avec ou contre cet avis, de façon claire et intéressante… Mais je comprends ce que tu veux dire dans les formules, je tâcherai de me contrôler pour plus tard !

    Sur l’impersonnalité c’est également très intéressant. Il est, je trouve, un peu contradictoire de me reprocher à la fois d’avoir utilisé quelques formules partiales ou emphatiques et de ne pas être assez personnel dans ma critique. Après je suis d’accord avec toi sur le fait que j’ai voulu aborder plusieurs points du livre, sans pour autant rechercher l’exhaustivité, si j’avais voulu cela ma critique aurait été bien plus longue. En fait je vois ce que tu veux dire ; il est vrai que je veux aborder plusieurs aspects de l’œuvre, mais je ne les aborde pas juste pour les aborder, comme une fin en soi de ma critique. J’essaie toujours de montrer quelque chose, d’avoir une vision globale de ce que l’œuvre peut nous dire de la littérature, en m’appuyant sur ses mots, son style, ses jeux, son pouvoir d’évocation… Je ne décortique le livre qu’au nom d’un avis plus large, d’un impact, d’une émotion, d’une expérience de lecture, et je pense l’avoir montré.

    Merci beaucoup Cindy vraiment ça m’aide et m’encourage de savoir que certains prennent le temps d’au moins voir ce que j’essaye de faire, et le fait de donner son avis clairement ça me montre l’intérêt qu’on peut avoir à confronter les opinions ! C’est tout ce que je souhaite en rédigeant ces critiques !

  7. J’ai une question qu’elle dont les phrases emblématique pour Zazie et d’autres personnages?


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