17 janvier 2015 ~ 11 Commentaires

Une vie, Guy de Maupassant – Quand Flaubert laisse un goût amer…

 

   Lire amène à comUne vieparer. L’expérience de la lecture fait se confronter les auteurs, leurs sujets, leurs styles, forgeant l’appréciation et le jugement littéraires du lecteur. Quand j’ai ouvert Une vie, j’ai d’abord regardé le dossier de lecture pour voir la date et la genèse de l’œuvre. Le projet est né en 1877 par sa mention dans la correspondance de Maupassant à Flaubert ; celui-ci semble avoir encouragé Maupassant dans son entreprise. Intéressant, vu qu’Une vie raconte l’histoire de Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune fille ayant fini son éducation au couvent et retournant auprès de sa famille. Elle rencontre le vicomte Julien de Lamare, qu’elle aime et épouse rapidement ; malheureusement, celui-ci se révèle être plus brusque et insupportable que ce que Jeanne en supposait, et leur fils Paul tombera sous les yeux impuissants de sa mère dans la débauche et les dettes. Elle mourra en ayant raté sa vie ; le lien avec Madame Bovary (1856) s’est fait tout de suite, et ayant absolument adoré et admiré ce roman, j’ai beaucoup moins apprécié celui de Maupassant, non pas seulement pour cette raison bien évidemment.

   Le style de Maupassant m’a semblé très inégal dans la musique des mots, hésitant entre une écriture emphatique, poétique, et une écriture plus prosaïque de façon trop marquée. Dès le premier chapitre, les images et comparaisons fusent, plus ou moins agréables à la lecture : « Mais Jeanne, sous ce ruissellement tiède, se sentait revivre ainsi qu’une plante enfermée qu’on vient de remettre à l’air ; et l’épaisseur de sa joie, comme un feuillage, abritait son cœur de la tristesse. » La comparaison est intéressante et la phrase bien cadencée, mais Maupassant ne la développe pas, il passe directement à la suite du récit ; ce genre de procédé revient souvent et fait ressentir une hétérogénéité gênante de la narration. Peu après, dans ce même chapitre, un paragraphe se résume à cela : « Et sous la pluie acharnée les croupes luisantes des deux bêtes exhalaient une buée d’eau bouillante. » L’image , ici, ne prend pas de sens par rapport à l’action, aux personnages, à l’enjeu de la scène, elle est simplement donnée comme formule de circonstance, avec un rythme certes recherché et un poids des mots « exhalaient une buée d’eau bouillante » renforcé par le son [b].Ce jeu de formule tranche avec un style plus prosaïque,  voulu comme correspondant aux personnages et dominant le récit. Ceci peut gêner d’autant plus que certaines images et procédés reviennent avec lourdeur :

« Elle appelait cela faire « son exercice », comme elle disait « mon hypertrophie ». » (Chapitre II)

« Le baron disait « l’hypertrophie de ma femme », et Jeanne « l’hypertrophie de maman », comme ils auraient dit « la robe, le chapeau, ou le parapluie ». » (même chapitre)

   Certes, cette image permet de comprendre la personnalité terne des personnages que veut nous faire ressentir Maupassant, par leur façon de parler de leurs proches comme d’objets, les posant comme des entités vides et sans pensée propre. Mais y a-t-il besoin de le faire systématiquement par le même procédé comparatif de reprise du discours direct ? Celui-ci revient souvent dans le roman, comme par exemple au chapitre IV : « Quand on prononçait « tante Lison », ces deux mots n’éveillaient pour ainsi dire aucune affection en l’esprit de personne. C’est comme si on avait dit : « la cafetière ou le sucrier ». » Relever toutes les occurrences de ce genre de procédés comparatifs plaqués serait inutile et mal venu ; il s’agit de rendre compte d’une impression de lecture, qui est celle d’une simplicité outrancière de certaines images données par Maupassant. Là où Flaubert a une distance moqueuse et subtile par rapport à son personnage dans Madame Bovary, et montre surtout une recherche perpétuelle de la musicalité des phrases, Maupassant semble s’attacher stylistiquement au prosaïsme de la vie de Jeanne et, par moments, vouloir s’en détacher par des images emphatiques, excessives et non développées : « elle, se perdant en des raisonnements poétiques qui montaient au ciel comme des fusées, lui plus précis, arguant comme un avoué monomane qui démontrerait mathématiquement la quadrature du cercle. » La comparaison est intéressante à lire, mais elle ne s’inscrit pas dans une régularité de la narration qui qualifierait de cette façon ses protagonistes. Cette impression m’a gêné, m’empêchant de rentrer émotionnellement dans l’histoire puisque rebuté par un retour de procédés ou par un changement soudain et excessif de registre dans l’écriture.

   Un autre aspect de la narration est également intéressant à analyser, puisqu’il joua aussi dans mon impression de lecture ; il s’agit du traitement du contenu émotionnel des personnages. Ce qui est étonnant, c’est que Maupassant insiste parfois fortement sur des aspects inutiles des rapports des personnages,  comme par exemple celui de Jeanne à sa tante Lison. Celui-ci revient tout le temps, mais n’est jamais analysé émotionnellement dans le point de vue de Jeanne, il est simplement un rappel de l’être spectral et perdu par son existence même que semble être Lison : l’exemple du chapitre IV déjà cité la compare, par l’énonciation, à une cafetière ou à un sucrier. Au chapitre X, elle est revue habituellement, et sans émotion aucune, par Jeanne :

« Elle s’aperçut seulement au bout d’un jour ou deux que tante Lison était revenue ; et, dans les cauchemars fiévreux qui la hantaient, elle cherchait obstinément depuis quand la vieille fille était repartie des Peuples, à quelle époque, dans quelles circonstances. Elle n’y pouvait parvenir, même en ses heures de lucidité, sûre seulement qu’elle l’avait vue après la mort de petite mère. »

   L’évocation est terne, terrible, et prosaïque, comme l’est tante Lison ; cela fait l’intérêt de son personnage, certes ; mais l’insistance sur cette inutilité sans jamais lui apporter d’analyse émotionnelle directe, de nouveauté ou de renversement, est gênante. Au chapitre XI, Lison en veut au chien de la maison d’accaparer l’affection du jeune fils de Jeanne ; peu après, même chapitre, il est simplement mentionné que Lison restait « fanée dès son âge de vingt-cinq ans », et elle meurt rapidement après. Le lecteur reste sur sa faim, puisque même à la mort de Lison, il n’y aura eu aucune explicitation émotionnelle de son rapport à Jeanne durant les onze chapitres passés, mais juste une insistance marquée de Maupassant sur ce personnage dont on ne retiendra que la récurrence de son inanité. A l’inverse, l’auteur s’attelle inégalement à ce qui est pourtant fondamental : la relation entre Jeanne et son mari Julien, qui est le nœud du ratage total de la vie de Jeanne. Par exemple, à la fin du chapitre IV, qui est celui du mariage de Jeanne à Julien, la narration passe très rapidement sur la raison de la déception de le jeune femme :

« Elle ne se montra qu’à l’heure du déjeuner. Et la journée s’écoula ainsi qu’à l’ordinaire comme si rien de nouveau n’était survenu. Il n’y avait qu’un homme de plus dans la maison. »

   Le caractère laconique du fait donné suffit à évoquer la déception de Jeanne : Julien, dès le lendemain de leurs noces, n’est qu’un « homme de plus ». Mais c’est là le problème : les sentiments sont toujours évoqués, effleurés, donnés, mais jamais investis réellement par une narration profonde qui leur donnerait leur sens. Ce choix de la narration est intéressant, mais ne m’a pas touché suffisamment pour rentrer dans l’émotion et l’intérêt de cette vie ratée. J’ai, cependant, davantage apprécié la fin du roman, notamment le début du chapitre XIV, où Jeanne, ayant découvert par hasard des vieux calendriers,  fait le bilan de sa vie : le rythme est effréné, les paragraphes réguliers, l’émotion progressivement exprimée, et on ressent vraiment la vanité de la course à l’existence que fut la vie de Jeanne,  et son caractère définitivement mort. Cette femme est morte dans sa vie même, dont elle n’a cessé de rechercher le sens. Je ne citerai pas ici de passage, tant l’épisode est à prendre dans son intégralité, tranchant avec le caractère irrégulier et gênant du reste du livre qui m’avait frappé.

   Une vie fut le premier livre dit « classique » que je n’ai , globalement, pas aimé lire. L’impression d’avoir affaire à une reprise de Madame Bovary sans jamais atteindre sa magnificence m’a rebuté dans ma lecture, selon les procédés narratifs, littéraires et stylistiques que j’ai décrits. Mais sans doute cette lecture fut-elle des plus instructives. J’ai compris, en lisant, ce que je pouvais ne pas apprécier dans un livre : l’irrégularité trop marquée du style, les choix de narration plus ou moins agréables, l’insistance sur des procédés emphatiques sans lien explicite avec l’enjeu de l’action… Amenant ainsi un lecteur que je suis à se confronter à  sa vision de la littérature, j’en crois déduire que les livres dont la lecture ne fut pas appréciée sont peut-être plus formateurs, pour l’esprit, que les autres.

11 Réponses à “Une vie, Guy de Maupassant – Quand Flaubert laisse un goût amer…”

  1. Raphi, je t’avais prévenu que je ne serais sûrement pas de ton avis et que, pour ne rien arranger, je te laisserai un commentaire en attestant. Eh bien, comme tu peux le voir, je suis une femme de parole!

    Alors, j’ai apprécié ta critique qui prenait la peine non négligeable d’aller dans les détails pour essayer concrètement de soumettre le texte à un jugement, pour expliquer clairement par des arguments ton point de vue et pour ne pas se limiter à des propos aussi généraux qu’inutiles. Toutefois, si je ne peux que louer la forme de ta critique (et ton projet en général, bravo pour l’ensemble par ailleurs), je ne peux dire que je suis d’accord avec toi sur ce roman.

    Je crois qu’un des principaux soucis que j’ai avec ton avis (que je respecte, blablabla, ne me fais pas passer pour l’esprit borné que je ne suis pas) est le reproche que tu fais au style de Maupassant. Oui, il va parfois effleurer certains passages, des aspects émotionnels majeurs de la vie de Jeanne, laisser le lecteur seul face aux blancs du texte, user d’une répétition parfois plate, se permettre des commentaires un peu sortis de nulle part ou encore se contenter de donner un cadre simple par des banalités. Oui, c’est ce qu’il fait mais parce qu’il doit le faire. Parce que c’est ainsi que le roman et son écriture prennent de la pertinence au regard de leur sujet. Maupassant nous parle d’une jeune femme sans intérêt, fade, générique, à la vie répétitive et sans saveur, dénuée de but ou de réussite, dans un environnement vague qui parait constamment entouré de couleurs ternes et grisonnantes. Quel autre style pour décrire ceci que celui qu’il a employé? Une écriture ne doit pas valoir pour elle-même, indépendamment de son sujet, mais dans le cadre de son oeuvre et pour servir la puissance de son propos. Une écriture plus choisie, plus analytique, plus introspective, aurait été totalement hors de propos et n’aurait contribué qu’à défaire l’effet que Maupassant a soigneusement fabriqué, celui d’une profonde lassitude et insignifiance de cette pauvre vie humaine.

    Ta comparaison avec Flaubert est d’autant plus intéressante que, tout en servant ton propos, elle appuie encore davantage le mien car, au lieu de te focaliser sur les ressemblances superficielles entre les deux romans, il serait peut-être plus judicieux de se pencher sur leurs profondes différences pour mieux comprendre leur écart de style. Celui-ci, outre le fait que deux écrivains n’ont pas et ne peuvent pas écrire de la même façon (Dieu merci, sinon la littérature serait d’un chiant!), peut -entre autres- trouver une explication dans tout ce qui sépare Emma de Jeanne. En effet, Emma est une femme avec un fort caractère, avec une volonté, qui agit pour vivre dans le roman sentimental qu’elle s’est imaginé et qu’elle préfère à une vie qui la déçoit puisque différente de tous les romans à l’eau de rose lus en sa jeunesse; si son existence est banale et fade, elle s’emploie pour la changer. Dès lors, c’est un personnage très différent de Jeanne qui s’est immédiatement résignée, qui accepte son destin et le subit, sans chercher à le changer si ce n’est par des tentatives destinées d’emblée à échouer. Alors qu’Emma vit dans un roman sentimental, ce qui est moqué par Flaubert à travers une écriture qui en montre l’aspect pitoyable, Jeanne ne vit pas un roman mais une existence qui, en temps normal, n’est pas racontée car elle est vide, sans intérêt. La correspondance entre les deux me semblent maladroite car elle oublie cette nuance qui est toutefois indispensable pour comprendre la subtilité de l’oeuvre de Maupassant.

    Enfin, tu peux ne pas être un fan de l’écriture de Maupassant (je suis presque sûre qu’il ne t’en voudra pas) et préférer celle de Flaubert (car, de toute façon, Balzac est le meilleur) mais ne pas reconnaître l’adéquation parfaite qui s’effectue dans le roman me semble dommage (pour toi, évidement, les autres l’ont souvent vu). Il y a des irrégularités? Certes et alors? Le roman suit le flot d’une vie, quelle régularité y a-t-il à cela, même dans une existence aussi morne que celle de cette pauvre Jeanne? D’ailleurs, quand Jeanne en fait le bilan au chapitre XIV, il est évident que le style doive changer car, en Jeanne, quelque chose change; elle prend d’un seul coup conscience du gâchis de sa vie, elle la voit sous un nouveau jour et, de ce fait, la narration change. Si tu as vraiment apprécié le choix narratif interne qui s’infiltre véritablement dans la peau de Jeanne, allant plus loin que ce qu’aurait pu donner une narration par le « je », il est étonnant que tu puisses te mettre en cause cette rupture stylistique, puisqu’elle s’inscrit dans le flot même de la narration.

    Mais ce n’est que mon humble opinion, nulle envie ici de te convaincre, seulement de partager. Après tout, il faut bien quelqu’un pour défendre ce pauvre Maupassant après cette critique assassine qui est la tienne! Surtout, continue ton blog et à donner ton avis sur tout (mais par-dessus tout sur n’importe quoi, c’est tellement plus drôle!), comme c’est dans ta nature (comme il est dans la mienne de toujours te contredire!)

    Milena

    PS: Tu sais bien que mes parenthèses ironiques ne sont là que pour te taquiner, ne t’en formalise pas (c’est ma manière de laisser ma connerie s’exprimer)

  2. elogedelacritique 18 janvier 2015 à 16 h 08 min

    Chère Miléna, d’abord MERCI pour ton commentaire, et tu sais déjà que je suis sincère en le disant ; ça montre que tu as pris de ton temps pour lire et analyser ma critique.

    Nous sommes en désaccord, comme souvent en effet, ce que je trouve noble et intéressant lorsque le propos est mesuré. Merci pour l’appréciation de la forme, c’est déjà ça de gagné!

    Tes parenthèses ne m’intéressent pas car elles sont juste là pour l’effet de confrontation que nous nous plaisons à avoir lorsque nous discutons, ce que tu dis toi-même à la fin de ton commentaire. Sur le fond : certes Maupassant doit suivre la vanité de ses personnages par son écriture, mais pour moi celle-ci doit mener vers autre chose, doit dépasser son contexte. J’ai en effet trouvé que l’irrégularité du style de Maupassant rebutait mon entrée dans la vie morne de Jeanne. De plus je ne crois pas avoir dit que l’écriture devait se valoir pour elle-même, mais plutôt avoir exprimé une frustration à l’égard du fait que l’écriture en question ne sous-tend pas l’action de façon profonde ou subtile. Les effets trop répétés, les emphases soudaines m’ont fait passer à côté.

    Sur Flaubert, je n’ai pas opposé Emma et Jeanne car mon propos n’est pas là: j’ai opposé Flaubert et Maupassant sur le style, ce qui ne me semble pas maladroit mais fondamental. Pour moi, le style est ce qui sublime ou au contraire asservit tout discours, toute histoire. Ce n’est pas parce que Jeanne est différente d’Emma que ma comparaison est interdite, puisque celle-ci porte sur la façon qu’a la narration de se situer par rapport à son personnage. Sur le fond, de plus, je ne peux pas nier que lire le roman m’a fait penser à celui de Flaubert, l’histoire pouvant être rapprochée à certains égards.

    Si je n’ai pas vu, comme tu dis, l’adéquation parfaite du roman, il y a sans doute une raison à cela. Je n’ai pas seulement dit que c’est irrégulier, ne réduis pas mon propos, j’ai dit que cette irrégularité se basait souvent sur des effets de manche stylistiques qui me gênaient. Je n’ai pas déploré l’irrégularité de la vie, mais plutôt celle de l’effet de l’écriture, de l’impression qu’elle me donnait. Le chapitre XIV m’a semblé déroger à cette règle, ce que j’ai apprécié.

    Merci pour ton avis que tu as partagé, mais qui effectivement ne me convainc pas (comme ma critique n’a pas dû te convaincre non plus). Je tenais juste à dire que ton terme « critique assassine » me dérange un tout petit peu. Je ne cherche pas à assassiner quoi que ce soit, mais à rendre compte, à travers une impression de lecture, d’une vision et d’une visée de la littérature.

    • Une simple petite réponse vite fait avant de retourner travailler (je pense que toi et moi avons encore beaucoup de travail en attente après un samedi soir plutôt improductif).

      Déjà, je te remercie d’y avoir répondu et, comme tu le dis, nous sommes dans un désaccord qui semble destiné à durer; c’est la contradiction qui crée la pensée, le débat et peut-être notre amitié.

      Pour le reste, je pense que vouloir dépasser le contexte aurait donné un autre roman, peut-être meilleur mais surtout ce n’aurait pas été « Une vie » car ce n’est pas ce que Maupassant vise ici; cette écriture est constitutive du projet lancé par « Une vie » qui n’a de sens que dans ce style-là, et aucun autre. Je trouve personnellement cette approche très riche littérairement et intellectuellement, je loue la capacité de l’auteur à embraser pleinement la vanité de la vie pour offrir un texte différent, qui a su me surprendre dans son écriture, qui est volontairement parfois ennuyeux et reboutant (car, enfin, ni la littérature ni l’Art ne visent le beau; cela se saurait). Je comprends que cela t’ait frustré mais, trouvant qu’il y a véritablement une vraie profondeur dans ce roman, je suis déçue qu’elle ne t’ait pas touchée (oui, de la profondeur et de la subtilité, farpaitement monsieur). Peut-être que ce n’est pas exactement ce que Guy a voulu faire (tu comprendras que, dans son état de putréfaction avancé, je n’ai pas été lui demander son avis), que ce n’est que mon point de vue toutefois, s’il a pu éveiller ce sentiment en moi (et une flopée d’autres lecteurs à travers le monde j’espère), il n’est sûrement pas aussi raté que tu as bien voulu le dire.

      Bon, d’accord, tu n’as pas été si dur envers le texte, tu lui as même reconnu des moments de grâce mais, si ta critique n’était pas assassine (tu connais mon goût pour les hyperboles), elle était négative avec une petite pointe d’acerbité (don’t you think?).

      Certes, tu n’as pas opposé les deux figures féminines pourtant tu aurais pu, ce n’est pas inutile car, à mon sens, elles aident à comprendre la différence entre les deux romans (la comparaison n’est pas interdite, rien n’est interdit en littérature et sûrement pas par moi). Et, si j’insiste sur leur différence de nature, c’est parce qu’elle est -à mon sens- indispensable pour saisir la différence de traitement dont elles font preuve dans la narration au sein de leurs oeuvres respectives.

      D’ailleurs, un style n’a pas toujours à sublimer: il peut salir, enlaidir, jeter au visage du lecteur l’horreur du monde ou son ennui (la beauté est surfaite). Pas plus qu’il ne doit asservir, quelle idée!

      Désolée par contre si j’ai semblé réduire ton propos, je voulais simplement souligner que, si irrégularité il y a, elle est liée à celle de la vie et doit être analysée à partir d’elle; les effets d’écriture ont -je trouve- un sens chez Maupassant.

      Bien sûr, je sais bien que tu voulais rendre compte d’une impression de lecture, tout comme mon commentaire répond à ma vision du roman et de rien d’autre; deux visions et appréhensions de la littérature qui se confrontent sur un terrain aussi aléatoire que Maupassant, funny isn’t it?

      • elogedelacritique 18 janvier 2015 à 17 h 24 min

        Pour moi, en effet, l’effet que tu décris est raté. Ma critique était, c’est vrai, négative et acerbe, mais elle ne l’est jamais en vue de cela ; elle s’appuie sur le roman, sur des citations, des analyses que je tire de ma lecture.

        Certes, Jeanne et Emma sont différentes et cette différence se ressent dans le traitement qui est fait, mais justement : pour moi, c’est ce traitement qui prévaut sur la figure ; c’est par ce traitement que la figure est créée. Sur le style alors là tu déformes carrément mes propos : je n’ai absolument pas dit que le style DEVAIT asservir ou sublimer, je dis qu’il le fait par lui-même, en état de fait. Je pense que la transfiguration des réalités langagières qu’est le style surplombe ce sur quoi il traite. Quant à l’irrégularité, j’y ai déjà répondu.

        Je pense que notre désaccord porte peut-être au fond sur la nature même du roman et de l’appréhension de lecture. C’est ce qui fait le sel et l’intérêt de nos échanges !

        • Non, bien sûr et, de toute façon, tu es libre de ne pas aimer le roman et de le dire au monde entier; j’ai d’ailleurs reconnu que tu ne sortais pas ça de nulle part (rappelle-toi, les quelques compliments au début de mon premier commentaire!)

          Mais pour moi, c’est une évidence qui ne l’est pas. Le style interprète, transforme, adapte mais ne sublime pas forcément et asservit encore moins. C’est déformer l’intérêt de l’écriture que de mettre les figures au service d’un style qui les modèlerait allègrement suivant ses envies et son bon vouloir, c’est quelque part nier l’unité même d’un texte où la différence fond/forme est souvent stérile puisque l’une est pensée par l’autre et réciproquement. Une écriture a un sens dans un cadre précis, dans un projet précis et sur un sujet précis; elle est -au même rang que son propos- au service de l’oeuvre dans son unité.

          Du coup, oui, c’est une divergence de fond sur notre conception même de la littérature et je n’oserai pas contredire ton dernier paragraphe qui résume parfaitement la situation!

  3. derrirechaquevgtariensecacheunabruti 17 avril 2015 à 21 h 20 min

    tout ceci est bien inintéressant ; tant de mots pour si peu d’idées. La lecture est pesante, car le « critique » utilise un jargonnage très inégal dans la musique des mots. Une vraie bouillabaisse intellectuelle. Trop ampoulé.

    Dernière publication sur Derrirechaquevgtariensecacheunabruti : Les végétariens : naissance d’une nouvelle boucherie intellectuelle

    • elogedelacritique 17 avril 2015 à 21 h 38 min

      C’est dommage que vous le preniez ainsi, et surtout que vous déversiez une telle agressivité. Je pense avoir été assez clair dans ma critique et ne pas avoir utilisé de jargon particulier. Après il est vrai que certains aspects littéraires précis m’intéressaient particulièrement, et que j’ai voulu m’y arrêter parce que c’était important dans mon impression de lecture.

  4. Allons bon. Un peu d’indulgence pour une personne qui prend la littérature à cœur et qui tente de la commenter en s’essayant à l’exercice de style par la même occasion.
    Quand bien même le style paraîtrait « trop ampoulé », il n’en reste pas moins que le propos est articulé et réfléchi.
    Par ailleurs, la critique est argumentée de façon rigoureuse, avec des commentaires s’appuyant sur le texte. Il est navrant de confondre rigueur et précision avec « jargon ».

  5. Faire une critique négative d’un auteur reconnu n’est pas un exercice facile, il pose le défi de développer un regard subjectif en évitant les écueils d’une plume trop personnelle qui verserait dans le « j’aime pas trop ça manque de rythme cette affaire », autrement l’exercice s’avère plutôt vain. Et il me semble de ce fait que tu ne t’en est pas si mal sorti de ce point de vue si !
    Un petit signe d’une khagnosité patente serait peut être l’analyse des allitérations (joli relevé de la labiale B en passant) qui ne m’a jamais semblé vraiment pertinente, encore moins à l’échelle d’une oeuvre dans sa totalité.
    Dans tous les cas, une critique beaucoup plus personnelle (par rapport à mon commentaire sur celle de Zazie) que j’ai davantage appréciée.
    Dans l’attente de te lire de nouveau,
    Ta voisine de littérature ;)

    ps : oui, j’ai bien compris que tu voulais faire une analyse précise de ton impression de lecture basée sur des faits linguistiques, mais je resterai jusqu’à mon dernier souffle une fervente contestataire de l’étude abusive de l’allitération, que veux tu…

  6. elogedelacritique 5 mai 2015 à 0 h 27 min

    C’est vrai que critiquer négativement un grand auteur n’est pas simple. Mais j’ai essayé d’être le plus sincère possible parce que l’impression que j’ai eu est telle que j’ai voulu la retranscrire ici et la rendre en même temps cohérente et consistante.
    Moi aussi je n’aime pas utiliser abusivement les allitérations, en tous cas je n’aime pas les utiliser avec seul but de les utiliser, c’est toujours le même débat. Ici je l’ai fait encore une fois au nom d’une volonté de montrer les contrastes stylistiques qui m’ont gênés à la lecture du livre. Bon c’est pas abusif étant donné que je ne l’ai fait qu’une seule fois et de façon plutôt justifiée.

    Et je suis ravi que ça t’ai plu ou même intéressé pendant un petit temps !
    Ton voisin de spé lettres, qui parle toujours beaucoup trop en cours y compris pour dire n’importe quoi (désolé).


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